Le
pianiste Jeffrey Grice: Un jeune talent à suivre de près.
Jeffrey Grice était. jeudi soir, le premier invité de la nouvelle série da concerts
intitulée « Jeunes Talents de la fondation » qui, comme devait l'expliquer M. Laffon,
directeur de la fondation Sophia-Antipolis, a pour but de faire découvrir aux mélomanes
sophipolitains des artistes pas encore médiatisés.
Né en Nouvelle -Zelande, Jeffrey Grice a decroché une bourse pour étudier à l'Ecole
normale de musique de Paris dans la classe de Germaine Mounier, aprés quoi il est parti
en Israël suivre les enseignements d' Enrique Barenboim, pére de Daniel. A présent
établi en France, il a fondé avec Dominique de Williencourt et Christophe Poiget le trio
Gabriel, mais c'est en soliste qu'il s'est presenté l'autre soir dans le grand
amphithéâtre du C.E.R.A.M.
Jeffrey Grice avait inscrit au programme de son récital sophipolitain un de ces
morceaux de bravoure qui font les délices des grands équilibristes du clavier, les
Kreisleriana de Schumann.
Lorsqu'on a en mémoire les Kreisleriana fracassantes d'Horowitz, on est un peu surpris
par la delicatesse du toucher de Jeffrey Grice. l'extréme finesse de son doigté, et ses
grâces affectées qui confèrent à cette ceuvre présageant les tragiques marches
funèbres de Mahler, une couleur inhabituelle. Aucune dureté, aucune pesanteur. Jeffrey
Grice se garde de jouer sur l'epaisseur du son et de cogner comme une brute ! Mais son
apprente douceur n'implique ni mièvrerie, ni maniérisme exagéré, ni onctuosité dans
lequelle on s'enlise. Attentif avant tout à la valeur melodique du trait, dosant
avec subtilité la dynamique et le tempo, il nous livre un Schumann qui n'a rien de
lourdaud, mais qui chante et qui convainc.
La suite du programme est consacrée à Chopin, Scherzo no. 4, études, impromptus, 4°
ballade et trois mazurkas en do diése mineur miniatures à la difficulté démoniaque,
qui offrent à l'interpréte un terrain idéal pour faire valoir la maîtrise de sa
technique et un sens étonant, parfois même déroutant, de l'articulation et du rubato.
Plein d'imagination, Jeffrey Grice prend un malin plaisir à soupoudrer son jeu d'une
note d'incertitude qui tient le public constamment en haleine : les notes arrivent, comme
par magie, et l'auditoire ne peut être que séduit par les méandres imprévisibles de ce
jeune pianiste: son jeu tout en couleurs imprégné d'une charmante poésie.
- D.M. in Nice Matin
November 27 1987 |