Kreisleriana op. 16,
Arabesque op. 18, Humoresque op. 20
1838. Grande année pour le piano de Schumann et des sommets de la Musique Romantique
dont ces huit grandes fantaisies regroupées sous le titre de Kreisleriana. On a remarqué
le caractère sombre de l'inspiration qui marque toute l'oeuvre, cependant dans ce climat
retenu d'angoisse se glissent des instants de grâce et de tendresse (on pense aux
"Scènes d'Enfants" contemporaines). La difficulté est précisément de garder
ici une atmosphere globale homogène tout en faisant éclater les contrastes "musique
simple venant droit du coeur" disait Schumann. Pas si simple que cela.
Notre jeune interprète d'aujourd'hui y arrive fort bien. On sent une musique habitée
que ce soit à titre d'exemple dans la deuxième pièce de cet ensemble où se mèle la
calme ligne mélodique premiére, puis dans la passion de l'intermezzo médian avec retour
au calme de la dernière partie, sorte de rêverie suspendue. C'est également le cas dans
la sixième pièce où l'on retrouve chant, contrechant, toute la nostalgie de Schumann.
J'aurais aimé une "Arabesque" plus transparente, mais peut-ètre est-ce une
question de prise de son...J'ai déjà dit combien je considérais comme importante
"la grande Humoresque op. 20", oeuvre complexe trop longtemps délaissée par
les grands interprètes au profit d'oeuvres plus aimables telles "le Carnaval"
(ils y reviennent Ashkenazy - Decca - le mois dernier, de fort belle manière).
On souhaiterait qu'un Brendel, Pollini, Argerich, pensent, ce serait vraiment
passionnant.
Douceur, tendresse, rêverie, fébrilité, inquiétude, exaltation, désirs enfiévrés
sont les différents climats qu'il faut savoir exprimer au cours des cinq parties de ce
long poème pour piano, puis malgré cette diversité traduire le seul facteur d'unité :
une extrème densité poétique, ciment invisible, qui fait de cette oeuvre un tout.
Là aussi bonne exécution de Jeffrey Grice et il faut remercier Calliope
d'investir souvent dans de jeunes pianistes qui, avec un peu plus de maturité donneraient
un peu plus d'ampleur à leurs jeux et seraient alors sûrement les "grands" de
demain.
Puisqu'il faut des "références", un indiscutable et époustouflant gagnant
Horowitz de la grande période (CBS +2209) et deux placés Argerich (DG) et Brendel
(Philips, Existe-t-il en CD ? Il y sera sùrement). voilà dans des programmes approchants
un beau tiercé.
- Henri Bertrand
1988 |